HISTOIRE DE MON HISTOIRE

Publié le par paul bassogog

HISTOIRE DE MON HISTOIRE
 
 
Quelque chose m’aurais prédestiné à vivre dans mon présent.
A ma naissance, ma mère avait oublié qu’elle me portait dans son ventre, et elle ne m’a donc pas vu venir au jour.
 
Elle était dans la cuisine, comme à l’accoutumée à cette heure de la journée, s’affairant à concocter le repas pour sa petite famille.  Et c’est ici que je vins à naître au cours d’une préparation de "Foufou à la Sauce Njango" (1).
 
J’ai passé le clair de mon enfance entre la cuisine et ce qui en ressortait.  Ma mère vendait des beignets de maïs à la banane qu’elle préparait elle-même ; la survie de la famille en dépendait.  Et c’est dans cette vie que je l’ai connue.
 
Chaque soir je l’assistais, malaxant et pétrissant la pâte, des fois sous contrainte.  Elle se levait au petit matin pour la friture pendant que moi je devais m’occuper de la vente dans les rues du quartier, des beignets au cri "macala,macala,maala "(2)., et cela chaque matin avant que je ne parte à l’école.  Du primaire au collège, je l’ai toujours fait, chaque matin que j’étais appelé à contribution.
 
J’ai très tôt appris à lire dans le panier à ordures de la maison, pour connaître le plat qui était servi au repas sans me rendre dans la cuisine.  Très tôt déjà les odeurs, les parfums n’avaient plus de secret pour moi.  Petit garçon déjà, je savais me débrouiller en cuisine :  faire de petits plats et même de grands.  Et lorsque l’avenir me décida à quitter ma famille pour me ‘chercher’ à l’étranger, mon père dit qu’il n’avait point d’inquiétude pour ma bouffe.
 
C’est naturellement que je me suis inscrit à l’Ecole Hôtelière lorsque je devais choisir.  Je fus admis en gestion hôtelière mais je savais que j’avais des atouts en cuisine qu’il ne fallait pas décevoir.  Cependant j’étais étonné de constater à l’Ecole que j’avais des camarades qui ne savaient pas cuire une omelette encore moins du riz blanc "Gnankantan"(3).  De ma filière où j’excellais je passais pourtant plus de temps dans les cuisines.  J’acquis ma première cuisinière d’occasion et l’étudiant que j’étais sans bourse, sans ressource et sans assistance devint tout à coup très opérant.
 
Tout ce que j’avais appris au cours de cuisine à l’école était révisé ou retouché une fois à la maison.  Je travaillais en Pâtisserie, je faisais des petits plats à domicile, j’organisais des cocktails, des buffets, je pouvais produire et vendre mes propres plats et je me fis une petite santé financière.
 
Plus je réfléchissais pourtant, plus je m’inquiétais sur notre propre réalité d’Africain, sur nos pratiques, nos façons de faire, sur nos manquements.
 
Le travail sur les GASTRONOMIES d’AFRIQUE s’est imposé à nous.  Devant les réalités que nous connaissons dans notre continent (sous alimentation, mal nutrition, manque d’hygiène, intransigeances culturelles, manque de formation, mal formation, intolérance alimentaire ....), il fallait faire quelque chose.
La gastronomie en Afrique s’identifie à la cuisine et pire, aux recettes de cuisine.  Elle se confond à un luxe pour le commun des mortels et pourtant...  Il faut recadrer les choses, il faut du courage, il faut réfléchir.
 
L’occasion m’est offerte un jour de l’année 1995 à Dakar au Sénégal.  Je suis appelé à réfléchir sur le thème’ GASTRONOMIE EN AFRIQUE NOIRE ENJEUX ET PERSPECTIVES’ au Centre de Recherche Ouest Africain (CROA).  Et ce jour je suis surpris par la qualité des auditeurs qui suivent mon intervention (O N G, Médecins, diplomates, Agro alimentaires ...........)  Trois mois plus tard je serai à nouveau invité à intervenir devant un parterre plus impressionnant encore, mais..............
 
Une certaine réalité nous rattrape.  Il faut vivre, toutes nos années de dur labeur n’étaient prises en charge que par nos propres soins
Aujourd’hui nous allons recommencer, à partir du début, pour toute l’humanité, afin que tous nos amis sachent qu’il y a encore beaucoup à faire dans un coin du monde, pour l’équilibre de l’individu.
 
Et nous comptons sur vous, tous, d’Afrique et d’ailleurs, par vos contributions :  financière, morales, intellectuelles............afin que ce travail évolue, afin que ce travail aboutisse, afin qu’il serve.
 
Plus jamais en Afrique des enfants malades parce qu’ils ont mal mangé, que l’excellence soit partagé dans nos assiettes, et qu on cesse de mourir parce qu ‘il n’y aurait rien à manger
 
LA GASTRONOMIE N EST PAS SYNONYME DE LANGOUSTE DE CAVIAR DE CALAMAR, que mon frère d’Afrique sache qu il a beaucoup entre ses mains, c’est tout ce dont nous parlerons dans ce programme
 
Nous attendons vos contributions.
 
PAUL BASSOGOG
 
(1) (2) (3) Les mots et expressions portés en exposants sont des noms de plats que l on retrouve dans plusieurs pays d’Afrique des forêts et même du sahel.  Les appellations différents cependant d une contrée à une autre et nous tacherons de les expliquer dans cet espace.
 
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